OLIVIER CORNIL – Homeland/Vladivostok

Sans doute ne célébrera-t-on jamais assez les vertus du hasard. Et la bonne idée qu’ont certains de s‘y engouffrer… Pour Olivier Cornil, un premier hasard croisé fut la rencontre inopinée avec le travail de Paul den Hollander. Alors qu’en première année de philosophie il part à Breda, dans la famille d’une amie, afin de s’isoler pour réviser ses examens à venir, il atterrit dans la maison de ce photographe. Sur le seuil, il tombe nez à nez avec une série de ses images (1) qui le touchent. Un changement s’opère: il trouve une envie.
Il oublie dès lors la phénoménologie et autres morales, et de retour chez lui s’inscrit au «75» (2), second hasard qui survient: ce n’est pas un choix délibéré, mais cette école est la seule à Bruxelles qui dispense des études de photographie en trois ans, ultimatum surtout financier pour Olivier, dont le cursus scolaire est jusqu’alors chaotique. Cette école fut pour lui une chance: «une porte ouverte à un vrai développement, un réel accompagnement vers une construction personnelle».
Depuis, pour lui, sa vie de photographe est rythmée de rencontres et de contacts, le plus souvent fortuits. C’est ainsi qu’elle se construit: hasards cultivés et appréciés.

Dans le travail qu’il mène depuis une dizaine d’années, il construit un univers personnel. Sa photographie est un mode d’expression, une manière de raconter des histoires. Fruit d’une envie qui se veut généreuse de donner au spectateur, de partager, de guider l’attention sur ce qui attire son regard. Il aime se qualifier d’anecdotier: personne qui recueille ou raconte des anecdotes. «Que ce soient des images ou des textes, ce sont de petites fenêtres que je décide d’isoler et qui expriment certaines choses qui me semblent intéressantes, mais qui ne le seront peut-être pas pour d’autres». Il dévoile en effet depuis peu des textes en parallèle avec ses images. Il propose un récit, il rapporte des histoires ancrées dans le réel, avec une volonté de laisser beaucoup de liberté dans la façon dont les gens vont les recevoir et créer le lien entre textes et images. Pas de légende, donc, plutôt une forme de journal qui serait une vision complémentaire. «Mon idée, c’est qu’en mettant les images avec les textes, et les images les unes à côté des autres, les gens puissent aller voir plus loin que ce qui est représenté. La représentation en soi n’est pas pour moi ce qu’il y a de primordial dans l’image. Ce que les gens peuvent ressentir est certainement aussi important que ce qu’ils peuvent regarder».

Ses images peuvent paraître moroses, voire tristes, mais il s’en défend: il parle plutôt d’ambiguïté. Tout en se qualifiant d’optimiste, il cherche dans la grisaille de son pays natal (et dans celle d’ailleurs) une forme de beauté. Il estime la mélancolie, la trouve riche. Peut-être parce que pour lui rien n’est simple. Il veut dès lors cultiver cette ambiguïté, faire mentir les apparences qui lui semblent trop évidentes. Il parle d’inventer son monde, entre douceur et humain, mélancolie et beauté. Un monde qu’il juge ambigu, ce qui lui plaît.

Ainsi cette exposition Homeland Vladivostok et le livre du même titre paru aux éditions Yellow Now (3), fruits de deux séries, qui nous parlent d’ici et d’ailleurs.
Homeland c’est ici, même dans cette grisaille donc, qui est sienne, ou qu’il a fait sienne: «Mes images cherchent à traduire ce que j’apprécie ici. Parfois seulement un sentiment ou un humour. Simplement un paysage».
Ailleurs c’est là-bas, mais pas à Vladivostok: il n’y a jamais mis les pieds. Il s’agit d’un voyage personnel, d’une idée du voyage. Vladivostok est le titre qu’il a choisi pour cette série de photographies de nombreux pays visités, le mot qui exprime le mieux pour lui les notions d’éloignement et de dépaysement: «J’en ai toujours rêvé. Le nom, sa musique. Symbole. Mon Ailleurs».
Une manière, également, à nouveau, de brouiller les pistes et d’interroger: mélanger les images d’ici et d’ailleurs, sans y accoler de légende. Laisser chacun se demander si son imaginaire reconnaît ce qu’il regarde, et si ce qu’il regarde correspond à ce qu’il croit.

Une belle série d’images en couleurs, toutes de format carré. On y trouve beaucoup de tendresse et de sincérité, une envie de partager ce qui a pu l’émerveiller, d’apporter une forme de beauté.

D’après un entretien Evelyne Biver-Olivier Cornil, juillet 2013