Marseille/mer de Thomas Boivin par Jonathan Vandenheuvel

Au dos du livre apparent le fil de la reliure qui le fait tenir et qui nous annonce qu’il s’agirait de cela : d’une ligne à suivre. Celle que le photographe a suivi, semblerait-il, « le pas du désert à l’asphalte », au gré des souvenirs, situant son point de vue entre la ville Marseille qui regarde la mer et un bord de l’eau où s’exposent au soleil des corps anonymes. Une ligne directrice en quelque sorte mais aussi celle qui sépare et fait exister deux entités. De même la structure du livre une fois ouvert, toujours une seule image comme pour répondre à son blanc vis-à-vis, lieu d’une impression d’encre noire. Le regard bute d’un côté sur la ville, laissant entrevoir par ci par là les massifs qui l’enserrent, et de l’autre est pris par la ligne d’horizon que donne à voir la mer.
Thomas Boivin Golden deal-8OK
Nous évoquant cette ligne, celle qui court sur tout l’ouvrage mais discontinue, se réduisant par endroits à un trait (d’union), nous fait relever que nous nous en tirons à trop bon compte avec cette lecture, que nous étions en lieu de reconnaissance avec ce piège à regard que constitue la ligne imaginaire de l’horizon. Cette démarcation semble plutôt se jouer entre la sphère des lieux dits publics que sont la ville et la plage, celle-ci comme lieu commun de loisirs et d’une certaine contemplation, et une sphère intime rendue par la présence d’une jeune femme, ouvrant le recueil et qui revient à plusieurs reprises « dans son intérieur », qui en fait est l’élément tiers qui interrompt le fil contingent des souvenirs, toujours en train de se constituer et donc de disparaître, en incarnant ce qu’il y a de proprement inoubliable et qui résiste à la répétition. Car autant le titre du livre ne laisse aucune ambiguïté, autant le sujet nous semble être cette présence féminine, qui donne consistance à cette ligne arbitraire qui avait été tracée.

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